samedi 7 décembre 2013

Compte rendu de la rencontre avec M Marc Pierre Mancel, directeur adjoint du Cabinet de George PAUL LANGEVIN, Ministre déléguée à la Réussite éducative

Vendredi 6 décembre de 11h 45 à 13 h au 110 rue de Grenelle, compte-rendu disponible également sur ce lien

Présentation de la pétition sur l’inclusion scolaire par :
- Christine PHILIP, Maître de conférences honoraire de l’INS HEA
- Anne Valérie DELAPLACE Enseignante spécialisée retraitée de l'Education nationale et enseignante à domicile auprès d'enfants autistes
- Marion AUBRY Mère d'un garçon avec autisme
- Natacha FOUCOT, Mère avec HP et TDAH, enfants avec HP, Dys et multi dys



C’est sur le mode de l’échange informel de la conversation que cette rencontre se déroule, comme la précédente au Ministère de la Santé. Notre interlocuteur se montre d’emblée très engagé sur la question qui nous intéresse.
Nous avons apporté un certain nombre de documents qui constituent un dossier que notre interlocuteur accueille avec intérêt et dont il nous assure qu’il va en prendre connaissance et qu’il le transmettra à sa collègue Responsable à la DGESCO, Sandrine LAIR qui devrait nous recevoir prochainement.
Contenu de ce dossier :
- Liste des signataires de la pétition
- Commentaires laissées par les signataires sous forme de dossier
- Un florilège de ces commentaires organisé par thèmes et mise en pourcentages des signataires de la pétition
- Le texte de la pétition sous sa version courte avec nos demandes
- Un dossier de communication, argumentaire d’un power point remis sur DVD contenant deux extraits de vidéos montrant une situation « limite » d’un élève avec autisme sévère, scolarisé en classe ordinaire de collège, et une école inclusive au Québec accueillant un élève avec retard mental
- Un article sur l’inclusion en ligne sur notre blog
- Une liste de propositions concrètes en plus de celles contenues dans la pétition qui seront présentée à notre interlocuteur
Ce dossier qui nous a demandé beaucoup de travail nous donne une crédibilité. Nous ne venons pas seulement avec des revendications mais avec des textes qui présentent la situation actuelle, des témoignages qui montrent ce qui est possible, et des demandes précises pour faire progresser l’inclusion scolaire.
Après une présentation générale de notre dossier, qui insiste sur le fait qu’en matière d’inclusion, nous ne sommes pas des « jusqu’au boutistes », que ce que nous souhaitons c’est seulement faire progresser cette approche dont cette pétition avec ses 30 000 signatures montre qu’elle correspond à une aspiration actuelle très forte chez les usagers mais aussi les professionnels divers. Nous nous présentons comme un collectif de citoyens issu des réseaux sociaux qui s’est donné l’objectif de faire remonter les attentes du terrain dans ce domaine de la scolarisation des élèves en situation de handicap. Chacune de nous va tour à tour prendre la parole pour présenter cette situation actuelle en témoignant à partir de son expérience propre, ainsi que les propositions pour la faire évoluer.
Notamment, en tant que parents d’élèves, nous témoignons de l’absence de volonté, des difficultés de certains enseignants à adapter la pédagogie et les supports de travail. Il se montre intéressé par cette remarque et par la proposition qu’un enseignant spécialisé dans la classe soit chargé des adaptations pédagogiques.
Nous saluons la Loi de la Refondation de l’école qui pour la première fois parle d’une scolarité inclusive. Nous insistons sur le fait que l’inclusion actuellement est plus dans les discours que dans les pratiques et que l’Education nationale n’est pas suffisamment impliquée pour assurer sa mise en oeuvre.
M. Mancel prend alors la parole manifestant son propre engagement pour l’inclusion. Il considère qu’aucun moyen n’a été dégagé pour l’inclusion, même après la loi de 2005. Il indique que, selon lui, l’un des freins au changement est le système qui est très cloisonné (cloisonnement entre les Ministères par exemple : Santé, Education, Justice… qui ne facilite pas la prise de décision). Il donne l’exemple du décret pour la CDIsation des AVS qui a demandé pas moins de 17 séances de travail pour arriver à se mettre d’accord sur un texte de Loi pour traiter ce problème.
Nous lui demandons pourquoi seules les 28.000 AVS sous contrat d’assistant d’éducation vont être CDIsées et pas les AVS en CUI. Il l’explique par la complexité de ce dossier, notamment les aspects juridiques. Puis il l’explique par le manque de moyens de l’Education Nationale. Nous lui demandons si le turnover n’est pas coûteux (recrutement, rédaction des contrats). Selon lui, ce n’est pas coûteux. Chose intéressante, il nous indique que la CDIsation des AVS AED entraîne une diminution du coût des AVS car les cotisations sociales sur des contrats de droit public sont moindres que sur des contrats de droit privé.
Concernant les AVS, nous lui indiquons que certaines académies n’arrivent pas aujourd’hui à recruter d’AVS en CUI et que dans une académie que nous connaissons, 16% des postes d’AVS sont non pourvus à cette date, 3 mois après la rentrée. Nous lui demandons pourquoi le ministère n’ouvre pas de postes d’AVS AED. Il nous répond que si les académies n’arrivent pas à recruter, ce n’est pas à cause du type de contrat mais parce qu’elles ne font pas suffisamment d’efforts.
Nous faisons remarquer que dans le champ du handicap ceux qui constituent « le gros des bataillons », avec handicap mental et cognitif, constituent les laissés pour compte du système. Même dans les médias ils ne sont jamais évoqués. Seul le handicap visible (sensoriel et moteur) est cité, ce qui ne signifie pas que tout est parfait dans ce domaine. Ceux dont le handicap est invisible (handicap mental et cognitif) débutent leur scolarité en classe ordinaire de maternelle, souvent à temps très partiel, puis sont très rapidement renvoyés vers des Clis qui bien souvent ne sont pas ouvertes sur les classes ordinaires, et à la fin de la Clis soit ils retournent vers les établissements spécialisés (qui manquent de places actuellement) soit vers les SEGPA.
Nous faisons remarquer que le coût de la scolarisation en milieu ordinaire est bien moindre que le coût d’un accueil en médico-social et sanitaire… Il approuve ce constat mais il fait remarquer qu’il faudra du temps pour faire évoluer les mentalités de tous : aussi bien des parents d’enfants non-handicapés, des enseignants et des professionnels. Nous faisons remarquer que c’est par l’école que nous pourrons faire évoluer les mentalités. Il approuve nos analyses et nos propositions mais fait ressortir à chaque fois les difficultés de mise en oeuvre, à cause de tout un système qui ne facilite pas les transformations et innovations. Lorsque nous faisons remarquer que la Santé et le Médical ont encore beaucoup de pouvoir dans notre système pour le devenir des enfants en situation de handicap, il approuve et évoque une « démédicalisation » souhaitable. Il pense que la médecine scolaire est la clé de cette démédicalisation et il nous indique qu’il travaille actuellement sur ce dossier. Nous évoquons nos doutes quant au rôle du médecin scolaire dans les équipes de suivi de la scolarisation. Nous suggérons que le rôle du médecin scolaire devrait se limiter à du dépistage. Il indique que les missions du médecin scolaire pourraient être redéfinies.
Nous approuvons l’expression « démédicalisation » et nous ne manquerons pas de la diffuser. Nous considérons en effet que l’on ne fait pas suffisamment confiance aux enseignants et que l’on renvoie toujours aux spécialistes du médico-social ou du sanitaire, lesquels ne sont pas toujours des spécialistes… Par ailleurs pour ce qui est des apprentissages scolaires, même avec des élèves en situation de handicap, c’est l’enseignant le spécialiste et non le médecin ou le psychologue. Toutefois, le Collectif souhaite que l’intervention des SESSAD à l’école puisse être facilitée mais c’est un point que nous n’avons pas eu le temps d’aborder avec M. Mancel.
A aucun moment il ne désapprouve nos analyses et propositions. Nous posons le problème de la formation des enseignants et des AVS au handicap et là il nous renvoie à la Loi qui prévoit désormais dans les ESPE (Ecoles supérieures pour les personnels d’enseignement et d’éducation) une formation au handicap pour les enseignants et les accompagnants. Cependant le volume horaire de cette formation dans le cursus des ESPE n’est pas encore défini. Nous faisons remarquer qu’il faut aussi une formation à l’inclusion et pas seulement au handicap. Il évoque le E LEARNING et est au courant du dispositif innovant mis en place par le CNED dans le domaine de l’autisme « Canal Autisme » avec des ressources mises en
ligne mais aussi et surtout des formations à disposition de toute personne intéressée (enseignants, parents, accompagnants). Nous en profitons pour dire que deux parmi nous sont déjà engagées dans ce projet innovant.
Nous évoquons le fait que dans un département que nous connaissons, 126 élèves avec une notification MDPH d’orientation en CLIS ou en ULIS n’aient pas eu de place à la rentrée. M. Mancel nous indique qu’il pense que c’est parce que les Inspections d’Académie ne sont pas suffisamment représentées dans les commissions MDPH. Nous attirons son attention sur le fait qu’il ne s’agit que l’Education Nationale intervienne plus en CDAPH pour limiter les orientations en CLIS/ULIS, mais bien d’ouvrir les classes nécessaires en fonction des besoins des élèves.
M. Mancel aborde aussi les sujets du périscolaire et de l’équipement numérique des établissements.
Enfin nous insistons sur notre proposition de « classes inclusives » qui existent déjà dans certains pays avec un effectif d’élèves ordinaires réduit et quelques élèves en situation de handicap avec deux enseignants dont un spécialisé. Nous faisons remarquer qu’il serait intéressant de mettre en oeuvre ce dispositif sous forme d’appels à projet avec des volontaires. Par ailleurs ce qui est prévu pour les élèves en difficulté scolaire (plus de maîtres que de classes) pourrait très bien être mis en place pour les élèves en situation de handicap.
Nous profitons de cette proposition innovante pour demander des réunions suivies avec notre collectif pour faire le point sur les avancées. C’est à cette occasion qu’il évoque le service de la DGESCO en nous expliquant que c’est avec ce service que nous devons travailler. Il nous promet de transmettre tous nos documents à la responsable de la DGESCO Mme Sandrine LAIR, et nous indique que nous devrions être à nouveau sollicités par cette responsable pour un nouveau rendez-vous pour examiner ce qui est possible de mettre en oeuvre. Nous sommes donc désormais dans l’attente de ce prochain rendez-vous et nous allons adresser un courrier à M. Mancel pour le remercier de cet entretien et lui demander de nous accompagner à cette nouvelle rencontre. Il nous semble que M. Mancel peut être un soutien pour notre collectif dans cette rencontre avec les professionnels de la DGESCO.

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